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Quand Andy Kaufman succomba en mai 1984 d’un cancer des poumons, plusieurs n’y crurent pas du tout. En effet, comment cet être obsédé par la santé, adepte de la méditation transcendantale et n’ayant jamais fumé régulièrement avait-t-il pu quitter le monde âgé seulement de 34 ans?  Son influence sur l’humour et la comédie a été énorme alors qu’il n’était pas du tout un humoriste au sens propre du terme. Voici qui était cet imposteur de génie.

La carrière de Kaufman commence alors qu’il est très jeune. Il faisait des numéros devant l’un des murs de sa chambre en y imaginant une caméra et en se disant que quelque part dans le monde, quelqu’un le regardait et s’intéressait à ses facéties. Vers l’âge de neuf ans, il plaçait des annonces dans les journaux pour aller faire des numéros dans les fêtes d’enfants. Et quinze ans plus tard, il était une vedette de télévision nationale avec l’un des publics les plus exigeants; on attendait constamment de lui de nouvelles surprises. La plupart de ses meilleurs coups étaient ceux qui n’avaient pas du tout l’air d’en être.

L’originalité de ses numéros tient au fait qu’ils ne sont pas des sketches à proprement parler: ce sont des œuvres d’art. Le point faible de l’humour et de la comédie en général c’est que ça vieillit souvent très mal. Kaufman prenait plaisir à jouer avec les émotions de son public, il ne se donnait pas la pression de le faire rire, désirant plutôt lui faire vivre une véritable expérience. Qu’ils l’aiment ou le détestent, les spectateurs ne devaient pas rester passifs.

Il y a une véritable essence comique dans l’œuvre de Kaufman, une unité qu’on ne retrouve pas chez les autres. Cela parce qu’il n’aborde aucun sujet sérieux de front; il transpose sa vision de la vie en arrière-plan dans toute son œuvre. Cette vision de la vie est très dangereuse étant donné que tout n’est qu’illusion. Comme un enfant, il veut jouer avec cette illusion. D’ailleurs, l’aspect enfantin est indissociable de l’humour de Kaufman, puisque nombre de ses numéros sont issus d’événements de son enfance et d’obsessions provenant de cette période de sa vie.

Une de ces obsessions est Elvis Presley. Après avoir reçu un de ses disques en cadeau, le jeune Andy ne cessera de l’idolâtrer, de tout acheter, de tout voir et aussi de l’imiter. Presley lui inspirera un de ses meilleurs numéros: Andy Kaufman montait sur scène personnifiant un naïf étrange dont l’accent était inventé de toutes pièces. Le numéro était très mauvais, pour gêner le public, pour le rendre mal à l’aise. De façon exécrable, il imitait des présidents, ou des acteurs connus, puis annonçait solennellement qu’il allait imiter Elvis Presley. On le huait, puisqu’au début des années 70, l’imitation d’Elvis Presley n’était pas encore généralisée (aujourd’hui c’est devenu un très bon thème de party de bureau!), Elvis venait de revenir sur scène après une décennie difficile et l’imiter semblait être de mauvais goût. Andy Kaufman l’incarnait à la perfection, choisissant des succès plus obscurs et aussi un Elvis jeune et vigoureux. Alors que le public croyait comprendre qu’on l’avait bien eu, Andy prononçait au micro, avec l’accent caractéristique de son arrivée sur scène : «Thank  you veddy much!».

Ce n’est là qu’un seul numéro. Andy Kaufman s’emparait d’un des plus gros et lucratifs symboles de la chanson américaine et le transformait en un ouvrage artistique achevé. Si la surprise et l’originalité du numéro ne pouvait pas survivre à son succès, l’ambition qu’avait Kaufman de jouer avec les méninges de son public demeura très vive. Et cela passait par lui-même, par sa façon de constamment se promener d’un personnage à un autre et souvent sans avertir qui que ce soit. Très gêné, il se formait une carapace qui le dispensait d’avoir à se révéler. Il s’amusait comme un fou avec les tabloïds et les journaux, qui n’ont toutefois pas besoin d’un Kaufman pour dire n’importe quoi. Dans la vie de tous les jours, dans un restaurant, il pouvait très bien décider que c’était là un bon moment pour jouer un tour. Tant qu’il y avait un public.

Son alter ego, Tony Clifton, est aussi un morceau important de son ouvrage. Ce chanteur de  cabaret obèse, médiocre, alcoolique, violent et totalement imprévisible était le contraire de Kaufman. Comme avec Elvis,  il devenait Tony Clifton. D’ailleurs, Andy Kaufman disait qu’il s’agissait d’une imitation du plus mauvais crooner qu’il ait vu de toute sa vie, en banlieue de Las Vegas, en revenant d’un voyage au cours duquel il avait rencontré le King, vers 1969. Tony Clifton gâchait tous les classiques musicaux des soirées-cocktails. En général, il descendait dans la salle pour poser des questions et invariablement, il tombait sur un Polonais. Sortant ses plus mauvaises et offensantes blagues de polonais, il terminait en versant un verre d’eau sur la tête du pauvre spectateur, qui n’était en fait rien de moins qu’un de ses complices.

Une grande part du mythe d’Andy Kaufman réside dans le fait que sa vie fut très courte. Les thèses sur sa mort furent nombreuses. Que celles-ci soit véritables ou non, ce qui reste certain c’est qu’une des plus grandes peurs de Kaufman était de devenir un has-been, de ne plus être vu et apprécié. Il a passé sa vie à construire chacune de ses journées comme si elles étaient vues à la télévision. Sans jamais avoir voulu faire rire, il était possédé d’une essence comique qui faisait de lui le roi de la comédie; il n’avait même pas besoin de raconter des blagues, il faisait des performances artistiques et il a donné à l’humour de nouvelles zones à explorer.

http://andykaufman.jvlnet.com/core.htm

C’est le meilleur site sur Andy Kaufman, il contient beaucoup d’informations et de matériel. On nous y tient au courant de toutes les actualités sur ce qui concerne Andy Kaufman. Chaque moment et facette importante de sa carrière y est traité de façon intéresante. Et si le site ne suffit pas pour certains, ils offrent de bons conseils sur les livres à acheter, les films à regarder ou les magazines à feuilleter. Le site existe depuis 1995 et est la référence du web à propos d’Andy Kaufman.

http://subcin.com/tony.html

Ce site permet la lecture du scénario de The Tony Clifton Story, un film qui n’a jamais été réalisé, mais qui aurait raconté l’histoire de Tony Clifton, l’alter ego agressif et autodestructeur d’Andy Kaufman. En raison de l’échec d’un film médiocre dans lequel Kaufman tenait le rôle titre, le projet sur Tony Clifton ne vit jamais le jour. Ça aurait très bien pu devenir un film culte à la Blues Brothers ou Animal House. Ce sont des rêveries, mais le fait est que le scénario contient la plupart des meilleurs numéros de Kaufman en plus d’une foulée de nouvelles idées originales. Pour les vrais mordus d’Andy Kaufman.

par Carolyne Minville

Quel est cet objet mystérieux que traînent les New-Yorkais sous leur bras dans les rues ou dans les transports publics? Est-ce un livre, un ordinateur? Et si c’était les deux à la fois? Encore très peu visible à Montréal mais de plus en plus populaire chez nos voisins anglophones, le lecteur de livres électroniques (communément appelé ebook reader ou lecteur de livrel) est le nouveau gadget électronique qui gagnera en importance ces prochaines années. De la taille d’un livre format poche, ce petit appareil permettra aux gens d’apporter partout avec eux leur bibliothèque. Cet objet révolutionnaire suscite néanmoins la controverse dans le milieu littéraire, tant du point de vue juridique que sur le plan personnel. Voici un  portrait des enjeux et débats.

D’un point de vue légal, la numérisation de notre patrimoine littéraire n’a pas fini de faire couler de l’encre. Google tente depuis quelques années d’établir des ententes avec les différentes bibliothèques nationales. En effet, la multinationale californienne aimerait numériser la plupart des oeuvres littéraires publiées depuis 1928 pour créer une grande bibliothèque numérique accessible à tous. La plupart des éditeurs, en revanche, craignent que derrière cette intention noble se cache le désir de créer un grand magasin qu’il serait difficile de concurrencer. Très vite, certaines maisons d’éditions françaises n’ont pas hésité à poursuivre Google pour contrefaçon de livres. Bien que Google doive verser près de 300 000 euros au groupe d’édition La Martinière, la cause est désormais en appel. Même si Google a prévu un fonds pour payer les droits d’auteurs dus, on se demande toujours si c’est à l’éditeur ou à l’auteur de percevoir cet argent. Les maisons d’éditions ont du chemin à faire pour se moderniser.

Une autre controverse légale secoue le monde de l’édition électronique.  Cinquante ans après le décès d’un auteur, ses livres appartiennent désormais au domaine public. Cette loi est très utile aux propriétaires d’un lecteur de livre électronique puisqu’ils peuvent obtenir gratuitement plusieurs classiques de la littérature. Or, plusieurs personnes ignorent ces lois et certaines boutiques de livrels, comme Amazon, n’hésitent pas à vendre ces livres au même prix qu’une toute nouvelle oeuvre. Dans le cas d’un livre imprimé, il est compréhensible que la réédition coûte un certain montant pour défrayer les coûts du papier ou du transport, mais dans le cas d’une édition électronique, ne s’agirait-il pas d’une certaine forme d’imposture et d’usurpation de vendre une oeuvre publique appartenant désormais au patrimoine?

Le livre électronique vient sans conteste changer le rapport entre le lecteur et la littérature. Parce qu’il coûte moins cher quand il n’est pas carrément gratuit, il sera plus facile pour les gens de se procurer des oeuvres et d’agrandir leur culture personnelle. Bien qu’au premier abord on puisse croire qu’il est difficile de lire à l’écran, la technologie d’encre numérique fait qu’il est aussi simple de lire que sur du papier. De plus, les fonctions du lecteur de livrels permettent d’agrandir les caractères et, dans certains cas, de lire à haute voix le texte affiché à l’écran. Les gens ayant des problèmes de vue trouveront donc aussi leur compte avec l’édition numérique. Les lecteurs de livrels n’en sont qu’à leurs premiers balbutiements, mais plusieurs fonctions sont déjà disponibles ou seront disponibles très bientôt. Avec une connexion à internet, on imagine déjà un espace où le passionné de littérature pourrait contribuer en envoyant ses impressions et ses analyses sur une oeuvre qu’un autre mordu ailleurs dans le monde pourrait consulter quelques minutes plus tard. Certains bijoux qui passent souvent inaperçus par une moins bonne promotion ou par leur faible tirage pourraient ainsi avoir un second souffle à l’ère du numérique.

Finalement, bien que la révolution numérique dans le monde de l’édition soit entamée, beaucoup d’enjeux restent à régler. Les maisons d’éditions ont encore peine à faire valoir leurs droits face à Google, qui veut ouvrir une bibliothèque virtuelle, et les librairies doivent maintenant se battre contre des multinationales comme Amazon qui domine le marché électronique. Malgré tout, on annonce que la numérisation va entraîner une certaine démocratisation de la littérature. Bien que les lecteurs de livres électroniques soient très peu répandus au Québec pour le moment, il est à parier qu’ils vont se multiplier dans les prochaines années et que les questions d’ordre juridique vont bientôt nous rattraper.

Pour en savoir plus :

PROJET GUTENBERG

http://www.gutenberg.org/wiki/Main_Page

Projet Gutenberg est un site Internet créé par le fondateur de Wikipedia. Sur ce site, on retrouve plusieurs livres libres de droits que l’on peut télécharger gratuitement pour les lire sur l’ordinateur, lecteurs de livrels ou téléphones cellulaires. On y retrouve des livres provenant de partout et ce dans plus de 60 langues. Le téléchargement d’oeuvres est gratuit bien que l’on recommande un don pour aider Projet Gutenberg à numériser d’autres livres. Les gens peuvent aussi aider Projet Gutenberg en retranscrivant des livres ou en participant à l’enregistrement de livres audios.

Dossier d’éducnet sur les livres électroniques

http://www.educnet.education.fr/dossier/livrelec

Quand on n’est pas familier avec toute l’histoire du livre électronique, il peut être facile de se perdre dans les dédales de tout ce que l’on raconte. Sur éducnet, on présente des liens qui permettent de comprendre chaque aspect des enjeux reliés aux livres électroniques. On y relate, par exemple, l’ambiguité du mot « lecteur » dans le cas de l’appareil qui lit des livrels.  Les articles qu’on y présente proviennent majoritairement de France.

C’est ma première entrevue. La patronne est assise à son bureau, elle me fixe intensément et me pose quelques questions :

-          Est-ce que tu lis beaucoup?

-          Oui, environ 2 livres par semaine.

-          Est-ce que tu connais plusieurs auteurs?

-          Oui.

-          Es tu passionnée de lecture?

-          Oh oui! Depuis que je suis toute petite.

Je suis libraire à temps partiel dans une mignonne librairie de Saint-Hyacinthe. Lorsque j’ai décidé d’aller porter mon cv. à cet endroit, je ne me doutais absolument pas que j’allais y travailler aussi longtemps. D’entrée de jeu, la patronne me demande si je lis, si je connais la littérature. Je réponds oui, pas tant par mauvaise foi que par naïveté. À ce stade de ma vie, je croyais réellement connaître la littérature. Ce n’est qu’un an après mon arrivée dans le milieu que j’ai compris que je n’y connaissais absolument rien. J’ai dû apprendre à faire semblant…

Jeudi, vendredi et samedi, j’entre dans la peau de mon personnage et je deviens Léa la super libraire experte en littérature. Heureusement, j’étudie en Arts et Lettres. Cela me permet d’en apprendre un peu plus sur les auteurs connus, les types de littératures, etc. Mais en général ce que j’apprends au Cégep, mes clients le savent déjà. Les clients : voilà le problème! Parce que s’il n’y en avait pas ou s’ils étaient tous amateurs de livres sur les anges,  je m’en sortirais bien mieux. Malheureusement, ce type de client est minoritaire et mon problème ce sont les autres clients, ceux qui lisent depuis 35 ans et qui détectent immédiatement mon manque de connaissance en la matière.

Un jeudi après-midi nuageux, un homme en complet semble hésiter devant la grande quantité de nouveautés, il me demande : avez-vous un bon roman à me suggérer?

La question qui tue… Je dois alors essayer de trouver ce que le client entend par « bon roman ». Que lisez-vous habituellement? Avez-vous beaucoup aimé un roman récemment? La plupart du temps, je lui remets le dernier Best seller de Marc Levy et le tour est joué.

Un vendredi soir, un peu avant la fermeture, un jeune homme fort joli me demande : avez-vous un roman « trash » à me proposer?

AAAAAAAHHHHHH! La question qui m’achève! Je prends une bonne respiration, je mets mon orgueil de côté et ensuite je lui propose de parler à quelqu’un d’autre puisque le sens exact du mot « trash » m’échappe.

Si quelqu’un me demande un livre pratique comme un guide de voyage, je peux le conseiller. Premièrement, je me fais une idée de la personne, dans ma tête. Est-ce qu’elle est riche? Est-ce qu’elle voyage beaucoup? Est-ce que c’est mieux que je surestime ces moyens ou que je les sous-estime? Si elle se promène avec un sac à main Prada et qu’elle porte des diamants sur ses cils, on y va pour le Guide Voir, si elle est pauvre et s’en va au Pérou avec son sac à dos et sa tuque en laine de lama, on y va avec le Routard. Si elle visite une ville pendant un week-end, on y va avec le Cartoville… Bref, je me débrouille.

Si on me demande des livres de filles, c’est ok. On me demande un livre policier, ouch! Là, ça se corse. Ok :  Reichs, Vargas, Connelly, Brouillet, Larsson … « Non, non je ne veux pas quelque chose de connu ». À chaque fois que j’entends cette phrase je me dis : ben justement, si c’est pas connu, je ne le connais pas !!!

J’ai tout de même un petit dada : c’est la littérature pour enfant. Oups, pardon, je rectifie pour ne pas me mentir à moi-même, mon dada ce sont les images des livres pour enfants. Les couleurs vives, qui font plaisir aux yeux, m’enivrent totalement. Et j’en achète! Ça oui! Je me suis munie d’une petite bibliothèque en mélamine que j’ai placée dans ma chambre et pour peu que mes moyens me le permettent, je la garnis de livres pour enfants. Je suis incapable de me souvenir du nom des auteurs ou du nom des illustrateurs de ces livres. Je peux par contre vous dire lesquels possèdent les plus belles images! Si quelqu’un me demande un livre pour enfant, je peux facilement lui montrer les plus beaux, les plus populaires, mais pas les plus instructifs, pas ceux qui sont faciles à lire pour les dyslexiques, ni ceux qui sont bons pour les enfants de 7 ans et trois quarts.

« As-tu le livre avec la fille là, pis le gars….. pis euh… la pochette est bleue me semble… » Je n’ai aucune idée de ce dont elle parle et je sais très bien que si j’entreprends une recherche, elle ne mènera nulle part. NON! Il ne m’en reste plus…

Un samedi de novembre bien tranquille, une dame, qui semble être dans la quarantaine mais dont les rides aux coins des yeux trahissent l’âge véritable, me montre un livre qui m’est totalement inconnu, et elle me demande : « En avez-vous d’autres dans ce genre-là? » Suis-je censée savoir cela? Pourquoi est-ce que je dois tout savoir? C’est peut être normal de ne pas tout connaître en littérature! Non, je ne le connais pas ton maudit livre, et non je ne connais pas tous les autres dans le même registre… JE NE LE SAIS PAS !!! JE NE LE SAIS PAS !!! JE NE LE SAIS PAS !!! Cette phrase résonne dans ma tête sans arrêt, je me sens mal, je me sens inadéquate… serais-je un imposteur?

Mais quand j’y pense, j’aime quand même mon travail. J’aime voir les livres et j’insiste sur le mot « voir ».  Je parle avec les clients et bien souvent ils savent déjà ce qu’ils veulent. Cependant, je me confesse : je suis loin d’être une personne qui aime la littérature. Je ne lis pas!

Est-ce vrai qu’un crime avoué est à demi pardonné?

Jeudi, vendredi et samedi, je revêts mon masque de libraire et je joue la fille qui connait ça.

On dit que l’habit ne fait pas le moine. Pfff… Mensonge! Le sarrau du médecin, l’uniforme du policier et du pompier démontrent le contraire. L’épinglette apposée sur mon joli chemisier blanc accueille le client et le rassure : bien sûr que je connais les livres, je suis libraire!

www.routard.com

www.lelibraire.org

La littérature regorge d’auteurs qui ont écrit derrière le voile d’un pseudonyme. Certains l’ont fait pour assurer leur sécurité et leur intégrité sociale. D’autres, comme Boris Vian, pour le plaisir et le style. Du nombre des impostures littéraires, plusieurs sont devenues légendaires. Pensons à George Sand qui était en fait une femme ou encore à Romain Gary, unique double récipiendaire dans l’histoire du prix Goncourt, l’ayant reçu sous le nom d’Émile Ajar en 1975 alors qu’on le lui avait déjà décerné presque vingt ans plus tôt. Pourtant, de tous ces écrivains qui ont emprunté des noms de plume, rares sont ceux qui l’ont fait parce qu’ils en ressentaient le besoin, comme motivés par un trouble de la personnalité multiple littéraire. C’est néanmoins le cas de Pessoa. Portrait d’un homme derrière plus d’une quarantaine d’auteurs.

Fernando António Nogueira Pessoa naît le 13 juin 1888 à Lisbonne. Après la mort de son père, il va vivre en Afrique du Sud avec sa mère où il fait ses études et apprend l’anglais. Il dira qu’enfant déjà il tendait à s’entourer d’amis et de connaissances imaginaires qui lui apparaissaient aussi vrais que le réel. C’est à quinze ans, ressentant un fort besoin de publier, qu’il édite une revue, O Palrador, dans laquelle il fait paraître ses textes parmi ceux d’une dizaine d’autres écrivains portugais et anglais de son invention. Au cours de sa vie, il élaborera son oeuvre autour de celles de trois poètes, des hétéronymes, qui seront tous considérés comme des figures importantes de la littérature lusophone. Ces trois alter ego seront autonomes à l’auteur; liés à lui que par le fait que celui-ci aura écrit à leur place. Durant l’entièreté de son existence, autant enfant qu’adulte, le poète au nom qui signifie « personne » en portugais, avouera ne pas se sentir un, mais plutôt plusieurs.

Le 8 mars 1914, Pessoa, poussé par une force insondable, s’approche d’un meuble, se saisit d’un papier et d’une plume et écrit, debout, trente poèmes d’affilée. Cet instant presque hallucinatoire marque la naissance du premier grand hétéronyme, Alberto Caiero. Celui-ci s’avèrera être à l’opposé de son créateur; alors que le jeune Pessoa est anxieux, tourmenté par des interrogations d’ordres métaphysiques, Caeiro est un stoïcien pur et dur qui ne se pose aucune question sur la vie. Pour lui les choses n’ont pas de sens, non plus doit-on leur en trouver, elles sont, tout simplement. Le poète innocent, comme on l’appellera, écrira des oeuvres inspirées du thème de la nature comme son Gardeur de Troupeaux, dans une langue simple, sans métaphores et dépourvue de lyrisme.

En réaction à l’apparition du premier naît un second poète hétéronyme, Ricardo Reis, disciple de Caeiro, qui, à l’instar de son maître, prône cette approche d’impassibilité devant la vie, mais écrit une poésie influencée par les Grecs dans la rigueur de sa forme et le choix des thèmes. Alvaro de Campos, quant à lui, troisième et plus fidèle dédoublement de la personnalité de Pessoa, voit le jour alors que l’auteur publie sous son orthonyme (son véritable nom) des poèmes dans une revue futuriste portugaise. Campos, lui, y fait paraître un texte appelé Ultimatum, manifeste en faveur du futurisme. Ce qui fascine chez Pessoa, c’est la richesse de ses univers-poètes, chacun surgissant du même homme, mais s’opposant et se recoupant de manière systématique à plusieurs égards, ne trahissant que rarement leur créateur.

Si le Faust de Pessoa n’est paru qu’en 1998, 63 ans après la mort de l’auteur, c’est que depuis l’ouverture en 1968 d’une malle contenant plus de 27 000 écrits (signés d’environ 70 noms différents) les spécialistes ne cessent de grappiller des fragments hétéroclites de l’oeuvre pessoenne pour les étudier et les publier. On peut avoir entendu parler d’un auteur anglais de méditations ésotériques du nom d’Alexander Search, d’un philosophe interné, spécialiste du paganisme, appelé Antonio Mora, ou de Raphael Baldaya, penseur nihiliste; ils sont tous des parts de l’oeuvre de génie de Pessoa. Un génie, consistant entre autres en cette aptitude à créer des hétéronymes indépendants, uniques et typés quoique joints par l’intertextualité dans l’immensité de l’oeuvre de l’auteur.

Não tenho ambições nem desejos

Ser poeta não é uma ambição minha

É a minha maneira de estar sozinho.

__

Je n’ai pas d’ambitions ni de désirs

Être poète n’est pas mon ambition

C’est simplement ma manière d’être seul

Alberto Caeiro in O Guardador de Rebanhos

Desde que sinta a brisa fresca no meu cabelo

E ver o sol brilhar forte nas folhas

Não irei pedir por mais.

Que melhor coisa podia o destino dar-me?

Que a passagem sensual da vida em momentos

De ignorância como este?

__

Tant que je sens la brise fraîche dans mes cheveux

Et que je vois le soleil briller fort

Je ne demanderai pas plus.

Quelle meilleure chose la destinée peut-elle me donner ?

Que le passage sensuel de la vie en moments

D’ignorance comme celui-ci ?

Ricardo Reis

O poeta é um fingidor

Finge tão completamente

Que chega a fingir que é dor

A dor que deveras sente

__

Le poète est un simulateur

Il simule si bien

Qu’il vient à simuler qu’est douleur

La douleur qu’il sent vraiment

Fernando Pessoa in Autopsychographia

Não sou nada.

Nunca serei nada.

Não posso querer ser nada.

À parte isso, tenho em mim todos os sonhos do mundo.

__

Je ne suis rien.

Je ne serai jamais rien.

Je ne peux vouloir être rien.

À part cela, j’ai en moi tous les rêves du monde.

Álvaro de Campos in Tabacaria

Pour une biographie et une bibliographie exhaustive de Pessoa et de ses hétéronymes, ce site d’une maison d’édition publie en France des oeuvres d’auteurs ibériques variés. En plus des extraits de textes divers et de résumés d’oeuvres, on y trouve de nombreuses anecdotes savoureuses sur la vie de l’auteur.   :

www.jose-corti.fr/auteursiberiques/pessoa.html

Parce que l’on parle beaucoup de l’auteur depuis sa mort, l’Association française des ­amis de Pessoa, en plus de proposer des analyses et des thèses, tient un calendrier des événements, conférences, colloques et festivals où l’on traite d’une quelconque manière de Pessoa. Les fanatiques seront heureux d’être tenus au fait de l’actualité la plus récente, que ce soit à propos de rééditions d’oeuvres, d’enchères de manuscrits ou de mise en scène de pièce de l’écrivain.  :

http://fernando-pessoa.com/

Le surréalisme naît en 1924 dans la continuité du dadaïsme. Il est toutefois en rupture avec ce dernier, jugé trop nihiliste bien qu’il conserve son esprit de révolte. D’ailleurs, beaucoup d’artistes se retrouvent dans les deux mouvements. André Breton, considéré comme le «pape» du surréalisme, rédige le Manifeste du surréalisme la même année et écrit, en 1928, Le Surréalisme et la Peinture. Il y prône l’écriture automatique et l’exploration des régions refoulées de l’inconscient. Le surréalisme provoque, scandalise et exige de ses membres une adhésion totale. D’abord, ils se proclament écrivains, pour ensuite devenir des poètes et finalement, ils sont des artistes qui dénoncent la société corrompue. Les surréalistes font confiance au rêve, au hasard, aux hallucinations et à la théorie de l’inconscient développée par Freud, fondateur de la psychanalyse. Les artistes explorent un monde intérieur intime. Ils sont fascinés par le travail de Giuseppe Arcimboldo et Jérôme Bosch, peintres du 16e siècle. Pour mieux comprendre le phénomène, nous avons nous-mêmes exploré les abîmes du monde surréaliste à l’aide d’un hypnotiseur.

Les caractéristiques du surréalisme donnent à voir le rêve et l’imaginaire. Le surréalisme est insolite, cocasse, sordide et la symbolique sexuelle dans les peintures est souvent violente et trouble (Le viol de Magritte, 1934). Les surréalistes transforment des objets inanimés en forme de corps humains et inversement. Les titres et les œuvres tels que Le sevrage du meuble-aliment de Dali en 1934 ou encore Méditation sur une feuille de chêne d’André Masson en 1942, échappent à la compréhension rationnelle. Certains procédés sont utilisés pour faire surgir l’inconscient. L’illusionnisme[1], où le rêve est représenté par une illusion photographique, donne de la vraisemblance au surréel. Il y a également la technique de l’automatisme[2] qui consiste à obéir aux contraintes du hasard et de l’inconscient. Parmi les artistes surréalistes les plus connus, on distingue entre autres Salvador Dali et sa fameuse peinture Persistance de la mémoire (1931), Joan Miro avec Le Carnaval d’Arlequin (1924-25) ainsi que René Magritte et L’Appel des cimes (1942).

Les travaux du surréaliste Robert Desnos, concernant le sommeil hypnotique, sont particulièrement pertinents par rapport à l’expérience que nous avons faite. Ses essais consistaient à jouer le rôle du dormeur qui tente d’accéder à ce qu’il nommait les «espaces du sommeil», un intermédiaire entre le moment où l’esprit commence à sombrer et le sommeil profond. C’est dans cet état de transe que les surréalistes cherchaient à rendre les premières images des rêves qu’ils entrevoyaient. Comme leurs techniques pour ne pas s’endormir se résumaient généralement à tenir un crayon et à attendre qu’il tombe pour commencer à écrire, cet espace-temps de quasi-somnambulisme était difficile à atteindre.

Les mystères de l’hypnose ont certes fait des sceptiques, mais aussi, de réels adeptes. Selon Pascal Dey[3], expert en la matière, l’hypnose est  un état de transe où la conscience est modifiée. Elle peut guérir certaines affections qui ne se soignent pas en chirurgie tels que l’insomnie, la dépression, les phobies, la perte de poids, les problèmes de libido, etc.

Pascal Dey nous a accueillies dans son bureau, rue Concorde, au centre-ville de St-Hyacinthe, tout sourire, prêt à nous montrer ses talents d’hypnotiseur. Après avoir écouté son exposé, nous nous sommes préparées pour la séance d’hypnose, espérant découvrir si ces soi-disant magiciens de l’esprit sont vraiment capables de faire de nous des apprenties artistes surréalistes contemporaines.

La séance qui suivit dura environ 35 minutes qui parurent longues pour l’hypnotisée et moindres pour l’observatrice. Au son d’une musique relaxante, pour ne pas dire endormante, nous lui avons expliqué notre but : arriver à faire de l’écriture automatique. Il nous a tout simplement demandé sur quel thème nous aimerions écrire et l’hypnotisée lança spontanément : le Moyen Âge.

Sentiments de l’observatrice

Scepticisme prononcé au départ, qui s’estompa complètement dès que l’hypnotisée se mit à écrire.

Sentiments de l’endormie

Laisser-aller total. Mon seul désir était de ne jamais arrêter d’écrire. M souvenir de l’expérience est flou et  s’apparente au rêve.

Résultat de l’expérience (sans corrections) :

J’avais 5 ans quand j’ai acheté mon tout premier cheval, il vivait dans une ferme au bord de Chomedey. La paille et le reste des poules piaulaient comme du vrai cancan, mais je ne m’en faisais c’était la vie ma vraie belle vie. Je continuais à habiter sur cette terre les yeux pleins d’eau la bouche pleine juste de mots. Pourquoi ils ont rasé la terre les arbres les forêts et les autres bicoques ils l’ont fait pour ce qui importait mais pas pour nous non certes nous c’était les danses les œufs le lait le bon lait qui coulait dans les veines de chacun de mes frères et sœurs le lait qui nous nourrissait jusqu’à la mort grand-père le maître des vents et des faiblesses sonnait la cloche chaque soir chaque nuit et jamais il ne nous a défaits déçus peinés heureux la vie heureux la vie et ils sont là détruire heureux la vie ils s’en vont contents nous sommes vaincus mécontents est-ce la destinée la fable humaine censée être la seule pour mes humains fiers de toujours nous ne rêvions qu’au ciel et au jour du lendemain qui suivrait chacune de nos pensées abstraites ou bien la ferme n’était pas mêlée elle nous faisait rire et vivre nous faisait aimer les bœufs comme nos frères nous étions des cannibales tristes tristes tristes oui affamés oui comme pour toutes les cérémonies de chant le soir au soir que tu chantais

Analyse du texte

L’écriture à la main devenait de moins en moins reconnaissable et lisible au fur et à mesure que le texte avançait. Aucune faute de grammaire n’a été détectée, mais la ponctuation était presque inexistante. Dans certains passages, il manque des mots et à d’autres endroits, ils se répètent. Le champ lexical évoque celui de la ferme, ce qui peut être en lien avec la vie de paysans du thème choisi (Moyen Âge). On peut entrevoir une guerre certaine entre des paysans et des êtres destructeurs. Plus le texte avance, plus on sent une accélération dans les idées, bien qu’elles deviennent de moins en moins compréhensibles.

À la Mystérieuse, Robert Desnos, l926. (Poème automatique provenant du recueil Corps et Biens)

Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit.
Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre.
Cette ombre à la fenêtre c’est toi, ce n’est pas une autre, c’est toi.
N’ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle tu bouges.
Ferme les yeux.
Je voudrais les fermer avec mes lèvres.
Mais la fenêtre s’ouvre et le vent, le vent
qui balance bizarrement la flamme
et le drapeau entoure ma fuite de son manteau.
La fenêtre s’ouvre: ce n’est pas toi.

Je le savais bien.

Comparaison entre les deux textes

Dans les deux textes, il y a des répétitions. Une confusion ressort due à la syntaxe des phrases. Lorsque les textes s’approchent de leur fin, les mots donnent l’impression de dévaler une pente abrupte. Le texte de Desnos a probablement été retravaillé puisque la ponctuation est beaucoup plus présente et une certaine harmonie s’en dégage. Le texte de l’hypnotisée quant à lui, est à l’état brut, sans corrections ni retouches.

Le refus de la raison, du réalisme et des contraintes logiques, propres au surréalisme, a mené les artistes de ce courant dans les contrées inexplorées de l’insolite, du rêve, de la folie et du merveilleux. Comme l’écriture automatique est une porte vers l’inconscient et la parole intérieure, l’expérience est tentante si l’on veut apprendre à se connaître réellement. Tout comme les théories de Freud ont influencé les surréalistes, ceux-ci ont contribué à la naissance du Théâtre de l’absurde (1950-1980) et à l’essor d’un écrivain, poète et dramaturge irlandais, Samuel Beckett. Son œuvre est teintée d’humour, du sens de la dérision et est généralement interprétée comme l’expression d’un profond pessimisme quant à la condition humaine. En somme, la culture tient ses fondements non pas de normes déjà établies, mais bien de l’excentricité et du délire de gens qui ont su oser et exploiter habilement leurs différences.


[1] Pratique baroquisante d’effets accentués de perspective, de luminisme, de trompe-l’œil.

[2] Acte, geste accompli sans réfléchir, par habitude ou après apprentissage.

[3] DEY, Pascal. Hypnologue diplômé, membre de l’ACTMD (Association Canadienne des thérapeutes en Médecines Douces), 600, av. de la Concorde Nord (Local 4), St-Hyacinthe QC J2S 4P4.

http://www.pierdelune.com/desnos.htm.

Il s’agit d’un site internet consacré à la poésie et à la mythologie. Une page est consacrée aux poèmes de Robert Desnos. On y retrouve plusieurs extraits de ses œuvres en plus de quelques descriptions et de citations. Nous avons utilisé ce site pour trouver un poème automatique qui était en lien avec celui que Myriam a créé sous hypnose. Le poème choisi devait être dans le même genre afin que nous puissions le comparer avec le nôtre et en faire l’analyse. Nous avons choisi Desnos, entre autres parce qu’il représentait bien le mouvement et parce que ses textes nous semblaient tout à fait appropriés pour les mettre en parallèle avec l’expérience que nous avons tentée.

http://surrealisme.ouvaton.org/

Ce site est consacré au mouvement surréaliste. Il parle de son histoire et de ses fondateurs en plus de présenter les œuvres contemporaines du mouvement. Il propose une multitude d’images ainsi que des articles de débats concernant des sujets controversés en lien avec le surréalisme. En fait, c’est un groupe qui se dit surréaliste et qui tente de faire subsister le mouvement à l’aide de jeux, de créations et de présentations d’expositions. Nous l’avons choisi pour sa fraîcheur quant à son intérêt et à sa vision du mouvement et parce qu’il offre un programme assez complet concernant toutes les informations reliées au surréalisme.

J’ouvre la télé, candidement.

De petits moutons bêlent des mélodies préfaites dans un enclos plein de merde. Ils se roulent dedans, pis le monde applaudit. On appelle ça Star Épidémie. Le bonhomme de la grosse machine avec un cigare dans le bec compte son fric dans son bureau. Il entend les voix geindre à la télé. Sa femme qui porte une jupe à peine plus longue qu’une ceinture anime le gala des emmerdeurs endimanchés. On dévoile la gagnante, une autre dinde sans créativité, mais qui a un organe bien développé, sa voix. Avec son p’tit cul tight dans une robe Givenchy, elle flashe, elle a l’air ben belle, ben épanouie. Au fond, c’est juste un copié-collé de chanteuses popularisées par leur vide qui prend toute la place. Le gros bonhomme  avec son cigare éteint la télé et va se coucher. Elle a gagné. Le lendemain tout le monde en parle, mais surtout les revues à potins et le Journal de Montréal lui réservent la première page. Et des quantité d’articles, de photos, et des entrevues pour savoir c’est quoi sa couleur préférée et où elle va magasiner… Marie-Blé répond en se regardant le nombril. À partir de là, j’ai commencé à me demander : « Mais que va-t-on faire avec les guerres… de cote d’écoute? »

Cette roue, cette spirale qui aliène des gens est bien pensée par les nouveaux maîtres du monde. Des rats pleins de maquillage, des produits testeux de produits sont sujets à des études. L’œil de la vache et du veaurien observent, scrutent les habitudes de consommation. C’est ainsi que Dieu est mort et que le Walmart est né. Les experts en p’tite vite ont remarqué que les humains allaient toujours vers la facilité. Nul besoin de chercher, de trouver une réponse, d’être curieux pour s’enrichir; On a tout cuit dans le bec. Il me  semble que nous aimons bien le goût de la marde. Peut-être sommes-nous devenus scatophiles?

À Star Apoplexie, la popularité est facile. En neuf semaines, les «  chanteurs » deviennent modèles. La psychose collective est commencée. Deux cent cinquante mille albums vendus pour Marie-BasdeLaine Thibert et quatre-vingts spectacles à guichet fermé. Pendant ce temps, des artistes de l’underground se font chier dans un sous-sol à composer, oui, ma tante, eux, ils composent de la musique et écrivent des paroles. Bon, c’est vrai qu’il  y en a qui se prennent pour des blokes de l’ouest et se mettent à chanter en anglais, mais ça c’est une autre histoire. C’est la réalité, ce n’est pas de la folie. La convergence (TVA, Journal de Montréal, 7 jours, etc. ) et son épidémie fabriquent des stars instantanées. De la musique McDonald. Ils nous gavent, on digère, ils nous font acheter leur merde d’artistes et ça recommence éternellement, toujours, à jamais.  Le lavage de cerveau d’un régime totalitaire à ses écervelés. Une petite propagande de bas étage, et ô combien répétitive et insignifiante.  Qui aurait dit un jour que tout allait devenir un produit, même l’art qui ne cherche plus à élever les esprits, mais à être rentable. Le populaire n’a jamais été autant répété. Les terroristes culturels nous l’ont bien montré. Répétez et on aimera. C’est l’extinction de l’art. J’ai bien hâte que le crépuscule des idoles arrivent, enfin.

Je songe à Vigneault, à Leclerc, à Giguère, à Miron. Je songe que c’en est peut-être fini, que peut-être plus personne ne va les entendre, que la culture est mourante parce que les gens sont endormis à cause de l’épidémie. Peut-être qu’un jour, il ne restera qu’un humain sur Terre, les autres s’étant transformés en produits. Je songe à Vigneault, à Leclerc, à Giguère, à Miron. Nos nouvelles idoles sont des stars-académiechiennes, Marie-Blé et les jumelles qui doivent sucer le cigare du gros boss pour pouvoir nous faire chanter et aller montrer leurs dents blanches. Sans compter les hommes de main qui doivent laver le plancher de la scène à quatre pattes avant d’aller se faire baiser, littéralement, par un producteur. La vérité c’est que les académichiennes et les académichiens méritent plus que ça. Ils méritent de lire et de connaître Vigneault, Leclerc, Giguère et  Miron. En fait, ce sont des imposteurs, ils ne sont pas authentiques, ils ne sont qu’un tas de marde flottant dans le bol. D’ici quelques temps, ils seront flushés, oubliés et nous allons en aimer d’autres plus frais. Ils mentent; être créateur c’est le coeur de l’être humain. Tout le reste est mensonge, c’est ça la vérité.

Je ferme la télé avec l’impression de mourir peut-être est-ce parce que je sais que la  machine fonctionnera jour et nuit pendant très longtemps encore, même plus fort,  après mon crépuscule.

1. http://www.pierrefalardeau.com/

2. http://www.ledevoir.com/culture/livres/284846/ordre-et-desordre-d-olivar-asselin

3. http://www.vigile.net/Prenez-garde-je-suis-pacifiste

8 h 30 – L’artiste arrive tout sourire au point de rencontre, un café de Saint-Hilaire, sa ville de résidence. Cet homme jovial m’accorde fort heureusement une petite demi-heure qui, à force de jasette, double de durée, avant de filer chez le dentiste, duquel il filera ensuite vers une réunion de l’organisation parentale à l’école de ses enfants. Le thème conducteur de l’entretien : l’imposture au sein de son oeuvre. Il m’apparaît comme un homme souriant, ce qui peut contraster avec le contenu très lourd et sombre de ses romans. Est-il donc lui-même un imposteur?

L’Homme

Son expression n’est pas menteuse. Senécal est loin de nier sa fascination morbide et son côté sombre; il les embrasse pleinement, affirme-t-il. «Il faut gérer cette violence existante, gérer son Mr Hyde intérieur, voire l’exorciser, le dompter et le mettre à profit», comme lui le fait dans les livres. Son inspiration, il la tire entre autres de l’imagerie des films d’horreur. Les concepts dans ceux-ci lui plaisent souvent mais l’industrie cinématographique ne les développe pas toujours bien, à son avis. Faute de cette industrie du spectacle, le contenu perd la vedette au profit de l’audace. Les réalisateurs veulent impressioner et choquer, et tentent de le faire de la façon facile : avec du « gore » étalé bien épais.

Ainsi, l’auteur revisite certaines idées tirées du septième art. On peut penser au film The Hostel - que Senécal décrit comme « un pseudo-film de soft-porn »qui met en scène des gens fortunés et prêts à payer pour torturer des gens. L’idée d’acheter des plaisirs immoraux lui plaît et il la reprend dans Hell.com. Puisque le sujet a déjà été abordé à maintes reprises, Senécal cherche donc les limites du connu dans le but bien avoué de les repousser : « comment aller plus loin? Qu’apporter de nouveau?  » Alors, aucune censure et, comme inspiration, les esprits tordus, le bas-fond des âmes, le tout dans un appétissant paquet bien fignolé.

Ses fidèles savent qu’avec lui, tout est possible; Senécal sait qu’avec l’humain, tout est possible. Pour lui, la limite est le possible; « Vous allez me croire jusqu’au bout. » Wannabe-psychologue? L’auteur ne se targue pas d’en être un, laissant ce métier à sa blonde. Elle lui indique d’ailleurs, à la lecture de ses manuscrits, les failles dans la crédibilité des personnages, bien que cela arrive peu souvent, assure-t-il. « Tout comportement est possible, dit-il, et pas nécessairement explicable. Prenez pour exemple les nazis : ils n’étaient pas tous, chacun d’entre eux, psychopathes. Considérez pourtant les atrocités qu’ils ont fait subir. Il n’est pas un psychiatre qui puisse prédire précisément les réactions humaines, même considérant les courbes psychologiques connues; ils seront toujours random. »

Sa plume

Senécal a, à ce jour, publié neuf romans. Son dernier, Hell.com, est au coeur de notre discussion, car il se marie bien avec le thème conducteur : l’imposture. Dans le récit, l’élite – les humains les plus influents et riches de la société – a la possibilité de s’inscrire à un site illégal, répertoire international d’une grande partie de toutes les activités illicites mondiales quelles qu’elles soient. Tous les vices y sont abordés: violence extrême, jeux truqués, achat de femmes mineures, etc. Les puissants de ce monde, considérant leur statut, affirment qu’ils peuvent se permettre d’être pervers, se disant les démons dans un enfer terrestre où le commun des mortels, damné, n’est que jouet.

Selon Senécal, les humains qu’il met en scène sont en impostures multiples, face à eux-mêmes, parfois, et face à leurs cercles sociaux. Ces gens qui sont cités dans la société comme modèle de réussite sont en fait des êtres vils. Le mal peut effectivement être organisé par des gens civilisés. Il se peut, dit-il, que cette exposition de la réalité froisse des lecteurs. Du moins, c’est ainsi qu’il explique certaines mauvaises critiques qu’il a reçu sur Internet. Pourtant, il n’a fait que « disparaître leur candeur ».

Ainsi, dans Hell.com, Daniel Saul, PDG d’une compagnie immobilière internationale, se fait initier au secret par une connaissance corrompue de son école secondaire, Charron. L’entrepreneur milliardaire s’engage donc sur le chemin de la débauche puisqu’il se fait convaincre que son patronyme glorieux la lui autorise. C’est son fils qui, refusant l’imposture et le chemin que lui trace son nom – car chez les Saul on lègue succès et fortune – lui ouvrira les yeux sur sa nature humaine et l’amènera, au final, à sa rédemption.

Charron, lui, n’a rien d’un imposteur : il est plutôt en guerre ouverte contre Dieu. Enfin, façon de parler : non, il n’affronte pas un barbu à coups d’épée, dit l’auteur en riant. Il embrasse ainsi l’imposture, cette doctrine du crime organisé mondial qui le séduit tout à fait alors qu’il se satisfait vilement, parce qu’il le peut. Avec l’argent, un imposteur de bonheur, il se dorlote aux vices, semant à tous vents la tempête de mal-être qu’il a lui-même reçu sa vie durant, à cause de son physique ingrat, caprice génétique; Charron est un maudit maudissant.

Enfin, ce thème de guerre contre le barbu, Senécal le prendra par les cornes dans son prochain ouvrage au nom plutôt évocateur, Contre Dieu, court roman à paraître en septembre 2010. Le personnage principal y mènera un combat contre la fatalité, plongé dans le désespoir et la folie après un tragique accident routier qui lui prendra sa famille et démolira sa vie bien rangée. Il constatera alors l’absence de contrôle réel humain, l’omniprésence du chaos et, nihiliste, décidera d’y participer. Ce faisant, il deviendra imposteur, car moteur du chaos, un état qui est désorganisé selon sa définition; une contradiction qu’il assume, raisonnant que tous sont inévitablement imposteurs.

Ses films

Les créations de Senécal transcendent celles d’un auteur de genre tel qu’on en trouve au Québec : à ce jour, trois de ses récits ont été adaptés à l’écran. Il est scripteur et il est très présent au cours de la préproduction des films à paraître, approuvant jusqu’aux réalisateurs – qui viennent eux-mêmes se proposer pour adapter ses œuvres. Le réalisateur de Sur le seuil se mordit les doigts de ne pas avoir écouter Senécal face à la sélection d’un acteur dont il tait le nom, et c’est lui-même qui suggéra l’acteur personnifiant le supplicié des Sept jours du Talion.

Toutefois, malgré son engouement pour le septième art, les compromis nécessaires au passage en salle emplissent finalement l’auteur d’une relation amour/haine avec la cinématographie. Là, on doit couper les longueurs et on doit prendre l’image telle qu’elle est, dit-il, sans la filtrer. Les lecteurs assidus remarqueront les différences avec l’histoire originale avec un peu de désappointement, mais le film demeure représentatif et permet assurément d’agrandir le bassin de fans.

Le Québec a assurément grand besoin de catharsis : ses trois films ont rapporté chacun entre un et deux millions de dollars, recettes que me dévoile Senécal avec sa caractéristique absence de pudeur. Des chiffres qui surprennent, considérant la lourdeur des thèmes abordés dans Les Sept jours du Talion . Mais, comme il le dit si bien, « un film, c’est pas un plat de plastique, c’est de l’art, câline. » Il est difficile de prévoir ce qui fonctionnera le mieux.  Aussi, présentement en chantier : 3 projets de film, dont un original. Suspense.

Artiste?

Avec son humour noir et son côté définitivement « crado » , on pourrait questionner le statut d’auteur vénéré de Patrick Senécal. Que sont ses romans, sinon des exutoires de fantasmes pornographiques et violents? « Mais qu’est-ce qu’un roman sinon un exutoire pour son auteur, rétorque-t-il. Tu peux pas parler proprement d’un sujet sale », et ce sont justement ceux-ci qui piquent sa curiosité morbide. Aventurons-nous donc sans remords dans les chemins tortueux de l’œuvre qu’il a minutieusement échafaudée sur de solides recherches…

http://www.patricksenecal.net/

Très simplement, il s’agit du site officiel de l’auteur avec qui j’ai fait une entrevue. On peut y retrouver une biographie; la liste des ses romans ainsi que leurs descriptions; des textes que ses fans n’aurait peut-être pas eu autrement la chance de se mettre sous la dent (des nouvelles publiées par le passé dans des revues ou des articles de journaux); des informations sur les films sortis et d’autres très embryonnaires sur ceux en production; des photos; des liens vers les sites sur lesquels on fait référence à son oeuvre et, finalement, le forum, où, m’a-t-il affirmé, il aime bien aller tâter le pouls de son lectorat.

http://lebuzz.info/index.php

Ce journal virtuel recèle et d’articles, et de vidéos, et de statistiques… mais surtout de beaucoup de vidéos. On y trouve des extraits de tournages, des interviews, des moments croqués sur le vif lors de festivals, entre autres. Un produit médiatique de qualité télévisuelle, mais à regarder selon son bon vouloir ou son sujet de recherche. En inscrivant Patrick Senécal dans l’espace de recherche, le moteur me donna 18 liens pertinents. Les utisateurs du site Internet peuvent aussi d’un simple clic partager son contenu de part et d’autre du web, ainsi qu’y laisser leurs commentaires et pensées.

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