Quand Andy Kaufman succomba en mai 1984 d’un cancer des poumons, plusieurs n’y crurent pas du tout. En effet, comment cet être obsédé par la santé, adepte de la méditation transcendantale et n’ayant jamais fumé régulièrement avait-t-il pu quitter le monde âgé seulement de 34 ans? Son influence sur l’humour et la comédie a été énorme alors qu’il n’était pas du tout un humoriste au sens propre du terme. Voici qui était cet imposteur de génie.
La carrière de Kaufman commence alors qu’il est très jeune. Il faisait des numéros devant l’un des murs de sa chambre en y imaginant une caméra et en se disant que quelque part dans le monde, quelqu’un le regardait et s’intéressait à ses facéties. Vers l’âge de neuf ans, il plaçait des annonces dans les journaux pour aller faire des numéros dans les fêtes d’enfants. Et quinze ans plus tard, il était une vedette de télévision nationale avec l’un des publics les plus exigeants; on attendait constamment de lui de nouvelles surprises. La plupart de ses meilleurs coups étaient ceux qui n’avaient pas du tout l’air d’en être.
L’originalité de ses numéros tient au fait qu’ils ne sont pas des sketches à proprement parler: ce sont des œuvres d’art. Le point faible de l’humour et de la comédie en général c’est que ça vieillit souvent très mal. Kaufman prenait plaisir à jouer avec les émotions de son public, il ne se donnait pas la pression de le faire rire, désirant plutôt lui faire vivre une véritable expérience. Qu’ils l’aiment ou le détestent, les spectateurs ne devaient pas rester passifs.
Il y a une véritable essence comique dans l’œuvre de Kaufman, une unité qu’on ne retrouve pas chez les autres. Cela parce qu’il n’aborde aucun sujet sérieux de front; il transpose sa vision de la vie en arrière-plan dans toute son œuvre. Cette vision de la vie est très dangereuse étant donné que tout n’est qu’illusion. Comme un enfant, il veut jouer avec cette illusion. D’ailleurs, l’aspect enfantin est indissociable de l’humour de Kaufman, puisque nombre de ses numéros sont issus d’événements de son enfance et d’obsessions provenant de cette période de sa vie.
Une de ces obsessions est Elvis Presley. Après avoir reçu un de ses disques en cadeau, le jeune Andy ne cessera de l’idolâtrer, de tout acheter, de tout voir et aussi de l’imiter. Presley lui inspirera un de ses meilleurs numéros: Andy Kaufman montait sur scène personnifiant un naïf étrange dont l’accent était inventé de toutes pièces. Le numéro était très mauvais, pour gêner le public, pour le rendre mal à l’aise. De façon exécrable, il imitait des présidents, ou des acteurs connus, puis annonçait solennellement qu’il allait imiter Elvis Presley. On le huait, puisqu’au début des années 70, l’imitation d’Elvis Presley n’était pas encore généralisée (aujourd’hui c’est devenu un très bon thème de party de bureau!), Elvis venait de revenir sur scène après une décennie difficile et l’imiter semblait être de mauvais goût. Andy Kaufman l’incarnait à la perfection, choisissant des succès plus obscurs et aussi un Elvis jeune et vigoureux. Alors que le public croyait comprendre qu’on l’avait bien eu, Andy prononçait au micro, avec l’accent caractéristique de son arrivée sur scène : «Thank you veddy much!».
Ce n’est là qu’un seul numéro. Andy Kaufman s’emparait d’un des plus gros et lucratifs symboles de la chanson américaine et le transformait en un ouvrage artistique achevé. Si la surprise et l’originalité du numéro ne pouvait pas survivre à son succès, l’ambition qu’avait Kaufman de jouer avec les méninges de son public demeura très vive. Et cela passait par lui-même, par sa façon de constamment se promener d’un personnage à un autre et souvent sans avertir qui que ce soit. Très gêné, il se formait une carapace qui le dispensait d’avoir à se révéler. Il s’amusait comme un fou avec les tabloïds et les journaux, qui n’ont toutefois pas besoin d’un Kaufman pour dire n’importe quoi. Dans la vie de tous les jours, dans un restaurant, il pouvait très bien décider que c’était là un bon moment pour jouer un tour. Tant qu’il y avait un public.
Son alter ego, Tony Clifton, est aussi un morceau important de son ouvrage. Ce chanteur de cabaret obèse, médiocre, alcoolique, violent et totalement imprévisible était le contraire de Kaufman. Comme avec Elvis, il devenait Tony Clifton. D’ailleurs, Andy Kaufman disait qu’il s’agissait d’une imitation du plus mauvais crooner qu’il ait vu de toute sa vie, en banlieue de Las Vegas, en revenant d’un voyage au cours duquel il avait rencontré le King, vers 1969. Tony Clifton gâchait tous les classiques musicaux des soirées-cocktails. En général, il descendait dans la salle pour poser des questions et invariablement, il tombait sur un Polonais. Sortant ses plus mauvaises et offensantes blagues de polonais, il terminait en versant un verre d’eau sur la tête du pauvre spectateur, qui n’était en fait rien de moins qu’un de ses complices.
Une grande part du mythe d’Andy Kaufman réside dans le fait que sa vie fut très courte. Les thèses sur sa mort furent nombreuses. Que celles-ci soit véritables ou non, ce qui reste certain c’est qu’une des plus grandes peurs de Kaufman était de devenir un has-been, de ne plus être vu et apprécié. Il a passé sa vie à construire chacune de ses journées comme si elles étaient vues à la télévision. Sans jamais avoir voulu faire rire, il était possédé d’une essence comique qui faisait de lui le roi de la comédie; il n’avait même pas besoin de raconter des blagues, il faisait des performances artistiques et il a donné à l’humour de nouvelles zones à explorer.
http://andykaufman.jvlnet.com/core.htm
C’est le meilleur site sur Andy Kaufman, il contient beaucoup d’informations et de matériel. On nous y tient au courant de toutes les actualités sur ce qui concerne Andy Kaufman. Chaque moment et facette importante de sa carrière y est traité de façon intéresante. Et si le site ne suffit pas pour certains, ils offrent de bons conseils sur les livres à acheter, les films à regarder ou les magazines à feuilleter. Le site existe depuis 1995 et est la référence du web à propos d’Andy Kaufman.
Ce site permet la lecture du scénario de The Tony Clifton Story, un film qui n’a jamais été réalisé, mais qui aurait raconté l’histoire de Tony Clifton, l’alter ego agressif et autodestructeur d’Andy Kaufman. En raison de l’échec d’un film médiocre dans lequel Kaufman tenait le rôle titre, le projet sur Tony Clifton ne vit jamais le jour. Ça aurait très bien pu devenir un film culte à la Blues Brothers ou Animal House. Ce sont des rêveries, mais le fait est que le scénario contient la plupart des meilleurs numéros de Kaufman en plus d’une foulée de nouvelles idées originales. Pour les vrais mordus d’Andy Kaufman.

















